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    Etre corse

     

     

    Un texte écrit par ma fille il y a quelques années

    quand elle était exilée en Suède; je l'ai déjà édité mais bon ...

     

    Etre Corse...
    Tout d'abord c'est reconnaître sa langue quand elle est parlée n'importe où dans le monde... cela peut vous paraître étrange que je commence par ça, mais seul un Corse qui entend parler en Corse va dire "tiens, un Corse", les autres vont dire "tiens, un Italien !", et pourtant, la différence est tellement évidente à
     mes oreilles qui ont été bercées par cette langue, cet accent, ces mots aux sonorités différentes. Non le Corse, ce n'est pas de l'italien. Oui, nous avons une langue qui nous est propre, qui est enseignée dans les écoles et à l'université, une langue qui a sa grammaire, sa conjugaison et son propre vocabulaire, une langue qui non seulement ne meurt pas mais qui en plus est parlée par de plus en plus de jeunes.

    Etre Corse..
    C'est être fier de ses origines, les revendiquer... moi, même en Suède, je ne dis pas, je suis Française, je dis je suis Corse. Ridicule vont dire certains... je vais répondre jaloux, eh oh, faut pas trop me chercher hein ? Parce qu'être Corse c'est aussi être un peu susceptible quand on s'attaque à la Corse ou aux Corses... attention sujet sensible.

     

    Moi, je réagis au quart de tour, et même si je garde le sourire, souvent j'ai juste envie de répondre  ô sumero, per quale ti pigli ! guarda stu connu ! Mais bon, je suis polie, et puis en Corse quoiqu'on en pense, on a le sens de l'humour. La preuve ? Ben depuis que ma mère est en Pologne et que je squatte son blog, tu ne rigoles pas ? Ose me dire en me regardant dans les yeux, que ce n'est pas drôle ce que j'écris ? Tu me cherches ou quoi ? Alors ? Ben tu vois !

     

    Etre Corse...
    C'est savoir où tu vas pendant les vacances, et provoquer l'envie dans les yeux des gens quand tu le leur dis... tu ne perds pas ton temps à chercher où tu vas bien pouvoir aller cette année... parce que toi, cette année, tu sais où tu vas... et tu sais que tu vas en faire des envieux... "moi je vais en Corse"... "Oh punaise, et tu as trouvé une location pas chère ?" "Oui, chez ma mère !"...

    Etre Corse...

     

    C'est sentir l'odeur du maquis quand les autres ne sentent rien et que tu arrives avec le bateau, eux ne voient rien, toi tu ne vois rien non plus mais tu sais... et tu sais parce que tu as senti l'odeur du maquis...

    Etre Corse...
    C'est parfois avoir du mal à retenir tes larmes quand tu vois tes montagnes... Et moi, j'y arrive de moins en moins !

    Etre Corse...

     

    C'est se dire "je suis chez moi" quand tu as débarqué, parce que c'est le seul endroit où "je suis chez moi"... c'est fermer les yeux un quart de seconde et effacer tout le temps qui vient de s'écouler et où tu n'as pas été chez toi...

    Etre Corse...

     

    C'est être attendue par tes parents, ta famille, c'est le village entier qui sait que "la petite" arrive aujourd'hui, parce qu'en Corse, c'est probablement le seul endroit où je suis "la petite", ou l'on me parle en me disant a mio ciuccia, où mes rides (bon, c'est vrai j'en ai pas) ne se voient pas... c'est le seul endroit où mes enfants sont les enfants de tous, où ils ne risquent rien, où mon regard de mère se repose parce qu'il sait que les autre aussi veillent... heu d'ailleurs, j'ai l'impression qu'ils en profitent un peu ces petits pour faire quelques bêtises, mais bon..

    Etre Corse...

     

    C'est dire à mon homme, ça c'est MA plage, même s'il y a plein de monde dessus, c'est MON rocher, MA cabane, MES souvenirs, voilà ce que je t'offre... tout ça... un peu de ma corsitude... Et mec, à prendre ou à laisser, chez moi c'est le package... moi, et tous les Corses ! Bon, y'en a qui n'ont pas tenu le coup...

    Etre Corse...

     

    C'est le premier voyage en avion de chacun de mes enfants, à l'âge d'une semaine, c'est leur baptême, avec un prêtre en soutane qui soulève mon petit à bout de bras pendant que tout le monde chante le dio vi salvi regina... c'est les pièces et les bonbons que tu jettes du haut des marches de l'église... c'est le veau en méchoui dont tu vas régaler les invités... je me rappelle encore quand mon père coursait le veau avec les jumeaux... Et c'est Toussaint qui en surveillait la cuisson...

    Etre Corse...

     

    C'est préparer les oreillettes et les fritelle en cachette, et puis faire en sorte que tout le village s'installe en silence sous les fenêtres de la chambre de mes parents pour leur porter la sérénade pour leur anniversaire de mariage...

    Etre Corse...

     

    C'est Maman qui m'appelle la nuit de Noël pour m'apprendre les prières, qui font de moi une Signadora, la dépositaire d'une tradition que j'essayerai de transmettre à mon tour à ma fille... Et que j'utilise en secret...

    Etre Corse...

     

    C'est une église bondée pour l'enterrement de Papa, des gens dehors qui espèrent qu'ils ne va pas pleuvoir, une chorale qui chante le Dio vi salvi regina, et oui, on le met à toutes les sauces celui-là, et mes tantes, et mes oncles, et mes cousins... et puis le cimetière familial... et oui, on a ça nous ! Et puis même que si tu n'as pas été sage, tu es enterré à l'envers... heu... moi je suis hyper sage !
     
    Etre Corse...

     

    C'est la confiture d'arbouses de Maman, qui fait passer le mellan, la farine de châtaigne pour la pulenta, les canistrelli, et la Pietra qui me font avoir des sueurs froides chaque fois que je passe la douane... surtout la farine... j'comprends pas pourquoi... ils font une fixation les douaniers...

    Etre Corse...

     

    C'est l'odeur du figatelu sur les braises dans la cheminée de ma grand-mère, c'est les histoires sur Grosso Minutu que mon grand-père me racontait le soir...

    Etre Corse...

     

    C'est avoir la chair de poule quand j'entends des chants corses, c'est appeler mes enfants i mo figlioli, c'est... c'est la générosité, le sens de l'accueil, le caractère entier, le chauvinisme, la bagarre...  et c'est encore tellement d'autres choses...

     

     

     

     

     


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  • Et si on dansait un peu: à l'ombre bien sûr .


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  • Le charme des vieux lavoirs d'autrefois.

    Il y avait au village un jeun homme ,un peu simplet , dont le père était boucher;.

    Il arrivait avec une montagne de tabliers tachés de sang, en plus du reste  . Et , il lavait son linge   parmi les femmes .

    Le problème , c'est que cela durait 3 heures au moins entre le lavage et le rinçage. Ainsi, tout le monde attendait avec impatience qu'il ait fini de rincer son linge .

    C'était la course, pour arriver avant lui au lavoir , afin de ne pas être bloquées trop longtemps ,par Benjamin.(C'était son prénom)

    Cela faisait des histoires à n'en plus finir ,mais Benjamin  ne se laissait  pas intimider .

    Pendant ce temps, à la belle saison, nous jouions  pas loin de là, près du ruisseau, à attraper les papillons .

    Je me souviens des draps blancs  étalés sur l"herbe , avec leurs reflets bleutés , car ils étaient rincés avec une sorte de boule bleue . Je ne sais plus ce que c'était .

    Bonne semaine

     

     


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  • Hier, c'était la st Antoine;Chez nous, c'est la fête du hameau du bas : donc il faut absolument  faire une messe avant que le ciel nous tombe sur la tête. Mais l'engeance des curés étant en voie de disparition (bien fait pour eux:ils n'ont qu'à autoriser les femmes à faire la messe  et les laisser se marier) ,

    nous avons   eu un remplaçant (un électron libre d'après l'évêque ).

    Il faut reconnaître qu'il est assez spécial : son sermon nous  fait faire le tour du monde, en passant par la moutarde  , et les Cathares .Tout cela sous un soleil de plomb .

    Nous avons donc déménagé  à l'ombre , au milieu des cailloux que l'orage de la semaine dernière avait  transporté sur le chemin.

    Au bout de 15 minutes , la moitié des fidèles (je  m'avance beaucoup en employant ce mot) , s'étaient réfugiés derrière la chapelle pour discuter le bout de gras .Au bout de 30 minutes ,il n'en restait plus qu'un quart ...

    Heureusement, il a dû s'apercevoir qu'il ne restait plus que les stoïques .Il a continué la messe un peu plus vite ;on n'arrivait plus à le suivre dans ses  Sanctus et autres  prières.

    Et de plus,il chante aussi faux qu'une casserole , ce qui provoque quelques fous-rires intempestifs  très difficiles à cacher: heureusement qu'il y a les feuilles de chants, derrière lesquelles on peut se réfugier ...

    La chaleur aidant, je crois aussi qu'il a eu hâte de boire un coup, et de manger quelques bonnes choses préparées par les gens du village .  .

    Les petits pains ont été bénis  ;ils étaient à l'ombre  sous le regard bienveillant du saint qui lui aussi est resté sagement à l'ombre  dans la chapelle.

     

     

     

     

     

     


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    J'ai planté un pied de courgette dans un pot  et pour me remercier  il me donne de jolies fleur et je crois même avoir aperçu une petite courgette qui pousse .

    Les petits pois de mon jardin: d'accord, je ne peux pas vous inviter tous et toutes à manger un ragoût printanier :il n'y en a pas assez .Je ferai mieux la prochaine fois .

    Notre maquis est tout fleuri  par les cistes aux fleurs blanches et roses . Et comme disait Napoléon :

    "Même les yeux fermés, je reconnaîtrais mon île rien qu'à l'odeur du maquis" 

    Moi aussi  d'ailleurs .

    Mais le maquis est traître: je m'y suis perdue une fois avec des copines   et il a fallu plusieurs heures pour retrouver la route où nous avons fait du stop pour revenir le plus près possible du village . La seule voiture qui nous récupérées était une 2CV avec 3 personnes à bord et nous étions 6  ! Comme les sardines ...L'accueil  des parents a été plutôt ...percutant " : tout le village nous cherchait .

    Je vous souhaite un bon week end de Pentecôte .

     


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